Inconscient, pitoyable, les qualificatifs ne manquent pas contre la dernière incartade du gouvernement italien dans ce qui est désormais le « dossier » Alitalia.

Pour sécuriser les vacances de millions d’italiens, le gouvernement a annoncé samedi 6 mai 2017 un prêt relais de 600 millions d’euros à la compagnie aérienne qui était à quelques heures de la faillite.

Retour sur l’histoire d’une compagnie qui n’a pas su exploiter le formidable potentiel du marché italien.

Une tentative de fusion ratée avec KLM

La compagnie nationale italienne n’en est pas à ses premières difficultés. Bien avant la création de l’alliance SkyTeam, Alitalia a amorcé une tentative de rapprochement avec KLM dès 1996 : quelques joint-ventures sont créées, les premières en Europe, pour partager coûts et recettes du trafic Italie-Pays Bas… Mais devant le peu d’efficacité des opérations et du marketing de la compagnie italienne, KLM rompt unilatéralement ses engagements en 2000, et en a payé les conséquences, devant verser à Alitalia 250 millions d’euros en compensation de cette rupture.

Malgré cette rupture, Alitalia a tenté de fusionner avec KLM en 2001… Sans succès, KLM fusionnant avec Air France quelques mois plus tard…

Air France-KLM aurait pu reprendre Alitalia…

Malgré l’entrée d’Alitalia dans l’alliance Skyteam, créée par Air France, Delta et Korean Air, Alitalia continue de souffrir de ses difficultés structurelles au milieu des années 2000.

Surtout, elle n’anticipe pas l’attaque de son réseau long courrier par les ME3 (Emirates, Etihad et Qatar Airways) et de son réseau Moyen Courrier par les compagnies Low Cost comme Ryanair et EasyJet, mais aussi par une autre compagnie domestique, Meridiana et WindJet (disparue depuis).

En 2006, la compagnie subit une année catastrophique et initie une restructuration de son capital. Devant l’incapacité de l’Etat à transformer la compagnie, l’Italie se résigne à privatiser Alitalia, mais le nombre de candidats à la reprise est très faible, les candidats se retirant au fur et à mesure.

Une seconde tentative de privatisation est lancée en 2007, et, cette fois-ci, plusieurs majors européennes candidatent, comme Air France-KLM, Lufthansa et Aeroflot.

L’offre d’Air France-KLM est acceptée par le gouvernement italien mais suite à un changement de gouvernance, Air France KLM en profite pour se retirer suite aux déclarations de Silvio Berlusconi qui déplore le faible prix de vente de la compagnie au groupe français.

L’échec de la seconde tentative de privatisation mène donc à une solution purement nationale : une compagnie nouvelle est créée, issue de la fusion entre Alitalia et Air One (Air One étant née de Lufthansa Italia, compagnie créée par le transporteur allemand pour contrer la compagnie nationale italienne sur son marché intérieur), Air France KLM prenant 25% de la compagnie et envoyant des experts pour auditer et transformer Alitalia, notamment sur sa production de sièges-kilomètres.

Etihad, le sauveur ?

Mais les difficultés ont continué de s’accentuer. Alitalia a le modèle de production d’une major européenne, mais un marché domestique difficile en raison du faible pouvoir d’achat des italiens et d’une concurrence à couteaux tirés.

En outre, le double-hub de Rome Fiumicino et Milan Malpensa plombe l’effet Hub-and-spoke qui a permis aux compagnies européennes de prospérer.

Aussi, fin 2014, Etihad Airways prend le contrôle de la compagnie italienne avec pour objectif d’en faire le bras armé de la compagnie du Golfe en Europe, en associant ses forces avec celles d’Air Serbia, toujours dans le but d’alimenter le hub d’Abu Dhabi.

Malgré les investissements massifs d’Etihad, la situation d’Alitalia se retrouve dans le rouge début 2017, avec une dette abyssale de 3 milliards d’euros et des salariés qui rejettent massivement et à plusieurs reprises les plans de sauvegarde proposés par la direction.

La faillite évitée de justesse, mais pour combien de temps ?

Le 25 avril 2017, Alitalia est placée en procédure de sauvegarde par le gouvernement italien, signe d’une liquidation judiciaire à venir. Malgré les rumeurs, aucun acteur européen n’est prêt à mettre un seul centime dans Alitalia.

Néanmoins, comme une perfusion qui fuit, le gouvernement italien accorde un prêt relais de 600 millions d’euros à la compagnie début mai, sans doute pour préserver les congés payés des italiens.

Mais est-ce raisonnable ? A priori, non, pas du tout. Un choc est absolument nécessaire pour reconstruire une compagnie depuis zéro, à l’instar de Brussels Airlines et Swiss, qui ont pu renaître des cendre de Sabena et Swissair, victimes de la concurrence de leur voisines, et dans un groupe. Ce groupe peut-il être Air France KLM ? Oui, mais pas sans un volume de cash conséquent. Et après une réforme profonde du groupe franco-néerlandais, pas encore acquise à ce jour…