Depuis quelques mois, les passagers au départ ou à l’arrivée des aéroports de Paris Charles-de-Gaulle et de Paris Orly vivent un enfer en raison des files d’attente interminable aux postes frontière.
La presse s’en émeut chaque semaine, et les réseaux sociaux s’enflamment. Et malgré les récents efforts du ministère de l’intérieur, rien ne change vraiment dans les aéroports français.
Mais quelles sont les raisons profondes de ce problème ? Et surtout, quels sont les moyens de s’en sortir ? Les voyageurs fréquents, eux, vont vite faire leur choix !

Des justifications toujours plus farfelues

Les officiels ont toujours de bonnes raisons (excuses ?) pour justifier l’attente des passagers au départ ou à l’arrivée de aéroports français. Certaines sont valides, d’autres beaucoup moins.

L’été, il y a plus de passagers que l’hiver

Sans blague ? Eh oui, les gens partent en vacances l’été. Les autorités semblent découvrir cela. Donc oui, il y a plus de monde dans les aéroports, et il faut donc plus de personnel d’enregistrement, de pilotes, de stewards et hôtesses, de personnel de sécurité et… de policiers de la PAF.
L’ensemble de l’aéroport est organisé pour prendre ses congés en contre-pointe, c’est à dire lorsqu’il y a moins de voyageurs sur les plateformes aéroportuaires.

L’Etat d’Urgence a renforcé les contrôles

Certes, il s’agit de contrôler les flux migratoires d’individus potentiellement dangereux. Et heureusement que l’Etat d’Urgence est arrivé : les contrôles auparavant étaient juste scandaleux, avec très souvent un simple contrôle visuel du passeport ou de la carte d’identité.
Désormais, tous les contrôles sont automatisés, les passeports scannés. Et il a fallu attendre l’Etat d’Urgence !

Il n’y a pas assez de contrôles automatiques

Totalement vrai. Le nombre de passages automatiques en France, appelés PARAFE, est totalement insuffisant pour favoriser la fluidité du trafic.
Petit différentiel en image entre CDG et LHR :

Seulement 3 portiques PARAFE au terminal 2E de Paris Charles-de-Gaulle
Des dizaines de portiques dans les aéroports londoniens

Comme à Amsterdam, il faudrait au moins 30 portes PARAFE au départ et à l’arrivée au terminal 2E pour fluidifier les opérations.

Il y a trop de vols aux mêmes heures

Oui, et c’est normal à Paris Charles-de-Gaulle : Air France y a son hub mondial, avec pour principe des correspondances courtes. C’est ainsi que la plage la plus chargée est la P2, c’est à dire la fin de matinée. Cependant, Air France fait peu d’efforts pour remplir les plages suivantes, qui sont beaucoup moins chargées. Ainsi, aux arrivées comme aux départs, les après-midi à Charles-de-Gaulle sont un bonheur pour les voyageurs.

Des brun-out et arrêts maladies à répétition chez les policiers

La Police aux Frontières n’est pas seulement responsable des contrôles de passeport : elle s’occupe également des reconduites à la frontière, des zones d’attentes ZAPI et des centres de rétention administrative.
Le sous-effectif chronique a donc engendré des heures supplémentaires en nombre conséquent, et qui par manque de personnel ne peuvent être récupérées. D’où les arrêts maladies et burn out à répétition parmi le personnel de la PAF.

Une responsabilité collective

Du point de vue du voyageur, le coupable est évidemment la compagnie aérienne. Et la conséquence première est que le hub de Paris Charles-de-Gaulle devient moins attractif pour les voyageurs, et les risques de correspondance manquée plus importants. Cela coûte évidemment cher à la compagnie qui doit rebooker ses passagers et leur porter assistance.

Du point de vue de l’exploitant, Paris Aéroport, c’est également un problème à long-terme : peut-il encore facturer des taxes d’aéroport parmi les plus élevées d’Europe pour un service rendu au passager aussi médiocre ?

Alors tout le monde rejette la faute sur la Police aux Frontières, qui fait avec les moyens dont elle dispose, c’est à dire assez peu. Et surtout personne ne fait pression !

Réagissez ! Menacez ! Air France, en tant que première compagnie utilisatrice des aéroports parisiens, n’aurait-elle aucune influence sur Paris Aéroports, elle même dirigée par l’Etat actionnaire ? Un peu de panache, merde !

Quand j’entends Air France dire qu’elle ne peut rien faire, cela me laisse un goût amer… D’autant qu’au terminal 2C, que je fréquente assez souvent, l’engorgement est quasi inexistant. Et à ce jour, Emirates et Etihad ne paient pas la PAF plus cher qu’Air France !

Quelles solutions ?

Les solutions pour remédier à ce problème sont multiples et pas toutes onéreuses.

  • La première solution tombe sous le sens : il faut adapter le temps de travail des personnels de la PAF aux plages de hub d’Air France à Paris Charles-de-Gaulle. Si l’attente dépasse parfois les 60 minutes en P2, elle est souvent égale à… 0 minutes en dehors de cette plage. Ajuster les horaires de travail des agents n’est pas une affaire très compliquée et surtout, elle ne coûte virtuellement rien.
  • La seconde solution est la digitalisation croissante du contrôle aux frontières, avec l’installation massive de portiques PARAFES. Je ne crois absolument pas au fait que le contrôle humain soit plus efficace que le contrôle effectué par un ordinateur. Et la fluidité serait très fortement améliorée au départ comme à l’arrivée
  • La troisième est l’étalement des vols Air France sur toute la journée, en coordination avec Paris Aéroport et la PAF

Conclusion

Pas sûr que la situation s’améliore de sitôt, et ce, malgré les récents renforts promus par le ministère de l’intérieur. Les passagers risquent donc de se tourner vers d’autres plateformes de correspondances pour déplacer leur passage aux frontières de l’espace Schengen. Et qui va en souffrir ? Air France, sans aucun doute.