Sunset at the airport with airplanes ready to take off.

Si ce mois de septembre est synonyme de rentrée pour la plupart d’entre nous, il sera synonyme de grandes manœuvres dans le monde de l’aérien. Si on a bien vu ces dernières années le paysage aérien se transformer peu à peu, les prochaines semaines et mois risquent d’amener à une profonde recomposition avec un certain nombres de réactions en chaine. Un certain nombre de choses se sont mises en place ces derniers mois, il est maintenant inéluctable que les choses se dénouent très prochainement sur un certain nombre de sujets avec un impact majeur sur les compagnies et les stratégies d’alliance.

Joon, alliances : ça va bouger chez Air France-KLM

Commençons par ce qui nous est le plus proche. Après une annonce faite cet été c’est dans les semaines qui viennent qu’on en saura plus sur Joon, la nouvelle compagnie d’Air France. Avec des enjeux qui sont tout sauf neutres : quelles destinations, quel positionnement dans l’offre déjà pas toujours lisible du grand public de la compagnie et surtout quelle clientèle cible ? Le positionnement « millenials » affiché cet été est tout sauf clair et s’il a été choisi dans une logique de communication on est curieux – voire sceptiques – quant à la manière dont il va se matérialiser. Et à terme se pose la question du devenir de ce produit pas encore lancé. En cas d’échec ce sera retour à la case départ pour Air France. En cas de réussite la compagnie aura réussi le pari raté par tant d’entreprises : quitte à se faire « disrupter » à terme, autant créer celui qui le fera plutôt que laisser un concurrent le faire. Mais avec la limitation de la flotte de la compagnie à 25 appareils concédée aux syndicats le succès, s’il est au rendez-vous, ne sera que marginal. S’il fonctionne, le modèle Joon ne restera qu’une niche et ne pourra servir de relais de croissance faute de pouvoir être mis à l’échelle. L’art de se protéger du succès.

Toujours chez Air France-KLM on attend avec impatience que se matérialisent les conséquences de la montée de la compagnie au capital de Virgin Atlantic. Ce qui n’est ni plus ni moins que la prise de contrôle de Delta sur la compagnie anglaise (Delta possède déjà 49% de Virgin Atlantic et vient de monter à hauteur de 10% dans le capital d’Air France). On imagine mal que l’opération ne se solde pas par un partenariat, des codeshare et l’arrivée de Virgin dans Skyteam. Un renforcement de la position d’Air France-KLM et Delta sur les routes transatlantiques qui tombe à point à l’heure où la sortie d’Alitalia de l’alliance et de la co-entreprise transtlantique avec AFKL et Delta semble inéluctable et devrait arriver dans les mois qui viennent. Et un mouvement majeur dans les stratégies d’alliance d’Air France. Quoi qu’il en soit on s’attend à avoir des annonces très rapidement.

La faillite de la stratégie d’alliance d’Ethiad

Alitalia, parlons en. Si la compagnie italienne continue à faire des annonces comme si de rien n’était et comme si son avenir était assuré, le nom de son repreneur devrait être connu dans les semaines qui viennent, l’entreprise ne survivant que grâce un prêt relais consenti par l’état pour sauver les vacances des italiens. Sur les rangs Ethiad, déjà propriétaire de 49% de la compagnie et à décidé d’arrêter les frais sauf à en prendre le contrôle total), Easyjet, Delta et surtout Ryanair qui se montre très agressif sur le dossier. Une reprise de tout ou partie d’Alitalia par la compagnie irlandaise signifierait sa sortie inéluctable de Skyteam. On voit mal Ethiad persévérer dans sa stratégie d’alliance désastreuse et si Delta est aujourd’hui un candidat crédible vu sa surface financière on se dit chez TravelGuys que la compagnie américaine sait choisir ses combats et serait plutôt, à terme, plus intéressée par monter au capital d’Air France KLM vu que la compagnie franco-néerlandaise a échoué dans sa quête d’un partenaire industriel dans le golfe et a désespérément besoin de capitaux pour accélérer la remise à niveau de ses cabines.

Et puisqu’on parle d’Ethiad parlons d’Air Berlin. Elle aussi fait partie des investissements hasardeux d’Ethiad et est aujourd’hui à vendre. Lufthansa est en pôle position avec la bénédiction du gouvernement allemand mais Ryanair ne le voit pas de cet oeil et critique ce qu’elle voit comme une infraction aux règles européennes de la concurrence. Ryanair peut elle courir à la fois le lièvre Alitalia et le lièvre Air Berlin ? Là encore du remue-ménage à prévoir dans les alliances .

A terme une concentration du secteur en Europe autour de 5 à 6 grands groupes semble inéluctable. Reste à savoir lesquels.

Coup de mou chez les Gulf Sisters

Tant qu’on parle d’Ethiad, regardons du coté du Golfe. Stratégie d’alliances ruineuse, performances financières en baisse, la compagnie d’Abou Dhabi souffre. Si ses pertes sont principalement dues à la dépréciation de ses participations dans une myriade de compagnie, le contexte marché difficile pèse sur sa rentabilité. De là à prévoir d’autres « sorties » qui rebattraient les cartes en obligeant des compagnies à trouver des repreneurs.

Baisse significative des bénéfices chez Emirates. Plus conjoncturel que structurel mais là aussi on semble revenir à la raison.

Quant à Qatar l’embargo dont est victime le pays il est trop tôt pour savoir quel impact il aura pour la compagnie. Une chose est sure, l’interdiction qui lui est faite d’utiliser l’espace aérien de certains pays voisins et la fermeture des routes vers Dubai et Abou Dhabi pèse sur son business régional. Et aucun signe ne laisse présumer une amélioration de la situation à moyen terme.

 

Delta partenaire capitalistique évident pour Air France-KLM ?

Si la situation des compagnies du Golfe ne pousse pas à s’inquiéter outre mesure, elles ont de quoi voir venir, il est clair que leurs politiques d’investissement vont en souffrir. Et d’ailleurs y a-t-il de la place pour 3 compagnies majeures et ambitieuses dans le Golfe ? La rumeur naissante d’une fusion entre Emirates et Ethiad pour fonder un leader Emirati montre que même là bas on se pose la question.

Conséquence directe de ces interrogations persiques : une compagnie européenne désireuse de conclure une alliance stratégique et capitalistique majeure avec une des 3 trouvera porte close. Si l’hypothèse d’un rapprochement entre Air France et Ethiad a fait long feu de toute manière c’est Delta qui aujourd’hui a le meilleur profil pour renflouer la compagnie franco-néerlandaise et lui donner le cash nécessaire à sa transformation. Si la situation d’AF-KL est moins dramatique que par le passé c’est une question qui finira par se reposer plus tôt qu’on ne le pense. A moins que China Eastern, elle aussi venant d’entrer à hauteur de 10% au capital d’Air France…

On le voit c’est un vrai jeu de chaises musicales qui est en train de se mettre en place et le trimestre qui vient va déboucher sur une recomposition certaine du paysage aérien européen et des alliances.

A suivre sur TravelGuys….

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