Si petits face à ces géants...

Après des années d’orientation client à coups de premiumisation de la cabine, le vent est en train de tourner pour les passagers, qui se retrouvent à nouveau faire les frais des différentes stratégies des compagnies aériennes. La rentrée est déjà loin derrière nous et les annonces des compagnies aériennes ont été pour le moins farfelues : positionnement millenials mais pas Low-Cost de Joon, des milliers de vols supprimés chez Ryanair par manque de pilotes, densification à outrance des cabines Economy sur Emirates… Les compagnies ont-elles oublié que les passagers permettent à leurs employés de se nourrir chaque mois ? Une seule bonne nouvelle : les programmes de fidélité Starwood et Marriott ne vont peut-être pas se marier en 2018. Un deuxième éditorial placé sous la grisaille d’octobre, en somme.

Voici que Joon fait Pssshit !

Lundi 25 septembre 2017, Air France lançait Joon, sa petite soeur ! Nous avions déjà décrypté les impacts de la première annonce et la stratégie millenials, qui, bien avant le lancement, était déjà risible.

Alors quels vont être les contours de Joon ?

En moyen-courrier, rien de bien innovant avec un produit assez basique, et une sous-flotte constituée d’A320 rénovés Smart & Beyond, avec sièges en cuir. Le service ? Eau, café, thé et jus d’orange. C’est tout ? Oui, c’est tout pour ce qui est inclus dans le prix du billet, le reste est en Buy-on-Board. Et les tarifs, eux, ne sont pas moins élevés que ceux d’Air France, puisque le tarif d’appel, de 39€ l’aller-simple est comparable aux promotions effectuées par la compagnie. Lancement sur Barcelone, Berlin, Lisbonne et Porto dès le 1er décembre.

En long-courrier, eh bien… On ne sait pas encore quelles seront les innovations cabine, puisque les A340 d’Air France seront transférés à Joon, puis les nouveaux A350 livrés à partir de 2019. Ah si, on sait que les cabines Economy et Premium Economy seront nouvelles et avec des sièges recliner dans les deux classes, et que la cabine Business ne bénéficiera pas de réaménagement : pas de siège full-flat, puisque l’on retrouvera le siège NEV4 tant décrié, qui sera ré-houssé. Le service ? Des « basiques » seront conservés comme le repas complet, sans précision supplémentaire quant à la disponibilité de boissons alcoolisées ou de snacks mi-vol, mais l’on peut imaginer qu’une carte Buy-on-Board sera là encore proposée. Les tarifs sont à partir de 249 € l’aller simple (pas donné donc). Lancement sur, tenez-vous bien, Fortaleza (vachement Millenials…) et Mahé. Là, c’est du foutage de gueule. Millenials oui, mais qui dort dans des hôtels à 1000 € et qui va acheter une coupe de champagne à bord ? Cela n’a pas de sens…

Et les marqueurs Millenials, alors ?

C’est vrai qu’avec tout cela, j’en oubliais l’essentiel : les millenials. Et bien ils vont être servis : des uniformes très moches… Le temps des équipages qui faisaient rêver est terminé. A Singapour, vous fantasmez sur les Singapore Girls… A Paris, vous verrez votre voisine en Stan Smith qui descend à la laverie.

Et l’aspect techno ? Il y aura bien du Wifi à bord, ça oui. Mais du Wifi déconnecté. C’est à dire un réseau interne à l’avion qui permettra de streamer du contenu. Sympa, mais pas vraiment ce que les passagers attendent. Quand on demande « y’a du wifi ? », on pense bien à communiquer et pas directement à se divertir.

Chez TravelGuys, on est donc extrêmement sceptiques.

Comment annuler 20000 vols en se faisant voler ses pilotes par Norwegian ?

Ca, c’est la blague du mois. Ryanair, pour, soit-disant, améliorer sa ponctualité, décide début septembre d’annuler 2000 vols. Mercredi dernier, ce sont encore 18000 vols supplémentaires que la compagnie irlandaise décidait de supprimer. Si le fait d’être ponctuel est louable, on doute quand même de la sincérité d’une telle démarche en plein milieu de la saison IATA, comme si Ryanair découvrait que la première préoccupation d’un passager est d’arriver à l’heure.

Du coup, lorsque l’on creuse un petit peu, on s’aperçoit que les vols sont annulés par manque de pilotes. Et pour cause… Norwegian recrute massivement en ce moment. On pourrait se dire, finalement, à quoi bon aller dans une autre low cost lorsque l’on est chez le leader européen ? Ce serait sans considérer le statut extrêmement précaire des pilotes chez Ryanair. Ils sont, tenez-vous bien, auto-entrepreneurs. Oui oui, comme le chauffeur Uber qui est venu vous chercher ce matin. Bénéfice pour Ryanair ? Elle s’affranchit totalement des contraintes de vérification des aptitudes ou des heures de vol, puisqu’elle paye des factures à une entreprise qui a pour seul salarié le pilote qui finance sa rémunération et ses frais (dont les pré-acheminements et les hôtels). Et si ça se passe mal ? Aucune contrainte, le contrat est rompu sans préavis ni indemnité. On comprend mieux pourquoi les pilotes partent chez Norwegian…

Caser plus de 700 passagers dans un A380 ? Emirates l’envisage !

Après l’annonce de l’A380plus au salon du Bourget en juin dernier par Airbus, Emirates réfléchit à moyen-terme la livraison ou le retrofit de certains de ses A380 en configuration 3-5-3 en classe économique… Je n’aimerais pas être le passager qui doit enjamber deux voisins à gauche et deux voisins à droite.

Le siège du milieu sera-t-il moins cher que les autres ?

Emirates ne précise pas si tout l’appareil sera équipé ainsi, ou si elle conservera une classe Business comme dans ses derniers appareils déjà qualifiés de haute densité…

La fusion des chaînes Marriott et Starwood s’éloigne…

Nous sommes déjà début octobre, et rien n’a été annoncé pour 2018… Pourtant annoncée en grande pompe en 2016, la fusion effective des deux chaînes d’hôtels n’a pas eu lieu. Certains contesteront cette affirmation mais je le redis, du point de vue du client, tout est encore tellement séparé, alors que tout avait si vite commencé, avec un status match quasi immédiat entre les deux programmes de fidélité.

Mais que se passe-t-il donc ? La faute sûrement aux deux systèmes d’information. Car oui, l’industrie hôtelière est, comme l’aérien, très adhérente à la disponibilité et à la fiabilité du système d’information. Si l’on peut encore embarquer un avion à la main, il est beaucoup plus difficile d’encoder des cartes de chambre si l’on a pas de logiciel pour le faire.

Pourtant, c’est Accenture qui maintient les SI des deux chaînes américaines.

Chez TravelGuys, nous ne sommes pas si inquiets… Le programme de fidélité de Marriott est très inférieur à celui de Starwood, et nous ne sommes pas si pressés de la fusion qui diluera certainement les bénéfices des membres Platinum…