Le lundi 6 novembre 2017 marque un réel tournant dans le programme de Fidélité Flying Blue d’Air France-KLM, leader en Europe. Mais cette annonce va réellement transformer le monde des programmes de fidélité européens, à l’instar du move opéré par les compagnies américaines il y a 4 ans. En effet, Flying Blue a annoncé ce jour une grande simplification, qui se traduit par le passage en Revenue Based.

Quelques éléments pour comprendre les impacts de cette transformation sur les voyageurs de la compagnie franco-batave.

Le revenue-based, késako ?

Comme son nom l’indique, il s’agit donc d’un programme de fidélité entièrement basé sur le chiffre d’affaires généré par les clients, plutôt qu’un autre facteur, en l’occurrence, pour les compagnies aériennes, la distance parcourue en miles.

La situation actuelle

Actuellement, le programme Flying Blue permet de cumuler des miles en fonction de la distance parcourue. Certes. Mais pas uniquement. Le prix payé, matérialisé par la classe de réservation (une classe de voyage est décomposée en plusieurs classes de réservation qui matérialisent le niveau tarifaire) est déjà pris en compte avec des pourcentages qui évoluent en fonction du prix payé.

Exemple de tableau de gains de miles, qui prend bien en compte le prix payé dans les pourcentages de gain

Mais c’est donc que Flying Blue serait revenue-based déjà ? Eh bien oui, il l’est déjà, ce qui rend donc l’annonce de ce jour un peu pointless. Cela a au moins le mérite de la simplification…

Et demain ?

Qu’est-ce que ça change vraiment alors ?

  • Cela empêche les « petits malins » de faire ce que l’on appelle des mileage-runs (trouver des combinaisons tarifaires intéressantes qui permettent de maximiser le nombre de miles)
  • Cela pénalise forcément les voyageurs qui sont basés à l’étranger et qui bénéficient d’un tarif plus intéressant en raison du yield management qui permet de concurrencer les compagnies nationales des pays étrangers

Et globalement, cela rend le gain de miles plus juste pour tous : ce qui ont payé plus gagnent plus, et la compagnie peut provisionner un pourcentage du prix du billet et c’est donc beaucoup plus logique économiquement.

Et concrètement, chez Flying Blue ?

Chez Flying Blue, le gain de miles se fera selon le barème suivant :

  • 4 miles gagnés pour chaque euro dépensé pour les membres Ivory
  • 6 miles gagnés pour chaque euro dépensé pour les membres Silver
  • 7 miles gagnés pour chaque euro dépensé pour les membres Gold
  • 8 miles gagnés pour chaque euro dépensé pour les membres Platinum

Ce barème de gains n’est valable que pour Air France, KLM, HOP, Joon et, grande nouveauté, il sera possible de gagner des miles sur les options sièges, repas, etc.

Pour les autres compagnies de l’alliance SkyTeam, ce sont les règles actuelles qui s’appliquent, avec un pourcentage de la distance parcourue en fonction de la classe de réservation du billet.

Et pour les statuts, ça change quoi ?

C’est là qu’Air France a été malin et combine finalement le meilleur des deux mondes : si le gain de miles (le coût pour la compagnie) est directement lié au revenu, l’accumulation de statuts est elle, désormais, totalement décorrélée du tarif payé. Seule la distance et la classe de voyage comptent désormais.

Les XP et leur accumulation

A la manière de British Airways et ses Tier Points, Flying Blue introduit ainsi les points XP (pour points d’expérience), qui s’accumulent ainsi :

Barème d’accumulation des XP sur Flying Blue, valable pour tous les vols SkyTeam ou markétés par AF/KL/A5.

Cela simplifie nettement les choses, et plaira sans doute aux avgeeks : s’ils dénichent un bon tarif, ils cumuleront le même nombre de points d’expérience pour une même cabine de voyage.

Notons que les possesseurs d’une carte d’abonnement doubleront leurs points d’XP mais uniquement sur les vols domestiques, bien que la carte soit désormais européenne.

La notion de vol qualifiant disparait désormais, mais le nombre d’XP cumulés par vol remplace un peu ce système.

Les possesseurs de carte AMEX Air France KLM gagneront 15 XP par an s’ils ont une AMEX Silver, 30 XP par an s’ils ont une AMEX Gold et 60 XP par an s’ils ont une AMEX Platinum.

Les nouveaux seuils de qualification

Les nouveaux seuils de qualification sont les suivants :

  • Silver : 100 XP sur 12 mois glissants
  • Gold: 180 XP sur 12 mois glissants
  • Platinum: 300 XP sur 12 mois glissants
  • Ultimate: 1800 XP (sur AF/KL/A5 uniquement) sur 24 mois glissants

A titre de comparaison, il fallait 15 vols qualifiants pour être Silver (minimum 75 XP au nouveau barème), 30 vols qualifiants pour être Gold (150 XP au nouveau barème) et 60 vols qualifiants pour être Platinum (300 XP au nouveau barème), ce qui est quasi équivalent.

Cela permet aussi de s’affranchir des seuils pour les résidents français, différents des seuils pour le reste du monde.

Statut à vie et roll-over des XP

D’après l’étude menée conjointement par Flight-Report, The Travelers Club et TravelGuys en 2016, le roll-over de miles ainsi que le statut « à vie » étaient plébiscités chez Flying Blue : cette possibilité est maintenue dans le nouveau programme, et les soldes de Miles Statut Seront convertis en XP au 1er avril 2018 selon le barème de 4 XP pour 1000 miles statut. Plutôt généreux.

Des bénéfices inchangés

Les bénéfices de chaque statut sont inchangés pour le moment.

Conclusion

Cela fait longtemps que nous n’avons pas été surpris aussi positivement par le groupe Air France KLM. Si le passage en revenue-based parait logique d’un point de vue financier, les critères d’obtention des statuts simplifiés sont un vrai progrès, et respectent les voyageurs fréquents et leurs souhaits. Cela va-t-il engendrer une baisse du nombre d’Elite ? Peut-être à la marge, pour ceux qui se qualifiaient par segments et à la limite, ou ceux qui se qualifiaient parce que leur classe de réservation était en haut de la pyramide. Pour les vrais voyageurs fréquents en tous cas, aucun risque.